
Pas de feu, sans une étincelle d'abord.
8 octobre 2011
Un moment de pause pour moi. Le planning à trous du lundi est le plus difficile à combler. Journée qui débute à 9 heures pour se terminer à 19 heures, avec un trou entre 10 et 11 heures puis 30 minutes de pause méridienne et à nouveau aucun cours de 14h45 à 16h30. Le lundi : impossible de chiner entre les cours, la plupart des boutiques sont fermées. Et à ces heures-ci, pas d’enfants à babysitter et encore moins de missions en restauration à assurer. Bref. Le lundi je me résous à osciller entre les salles de cours et la bibliothèque du campus. Quand je vois le nombre d’étudiants que nous sommes et combien il s’amenuise selon les horaires et jours de la semaine, il y en a qui ne s’emmerdent pas avec les détails de planning. Céline, une étudiante de seconde année comme moi, fidèle abonnée absente aux cours du premier jour de la semaine, m’a choisie aujourd’hui pour être sa scribe de cours attitrée. Lorsqu’elle m’a demandé nonchalamment si je pouvais lui passer mes notes de cours du jour, j’ai dit oui, alors que c’est hors de question. Elle compte dessus et moi je crois que je ne vais jamais écrire aussi illisiblement qu’aujourd’hui. C’est nul de faire ça. Mais je suis vilaine et ça m’occupe.
Du haut de mes 22 ans, j’ai tout de même réussi à comprendre qu’il est dans mon intérêt, du moins immédiat, de ne pas être trop gentille, ni même de faire preuve de trop d’intelligence . Parce que vu le nombre de fois où j’ai entendu des hommes et femmes s’exprimer au sujet de celles qu’ils trouvent belles, c’est comme si cela leur suffisait et qu’il ne leur en fallait surtout pas plus. Associer un peu de jugeote et de la sympathie à ce qu’ils estiment être séduisant, cela semble faire trop pour leurs petits cerveaux ; ça ne passe pas. Belle et conne, oui : ça passe, c’est logique et pratique. Belle et pas plus bête que la moyenne : pourquoi ? Pour quoi faire ? Belle, pas plus bête que la moyenne et plutôt sympa : il y a anguille sous roche, elle mijote quelque chose c’est sûr !
Loin de moi l’idée de rejoindre un soi-disant bord plutôt qu’un autre dans cette soupe d’idées reçues, disons seulement que j’ai su tirer parti des qualificatifs que l’on s’est permis de me renvoyer jusque-là. Je suis désormais capable d’être très conne, vraiment pas sympa et de le faire exprès, en plus du reste que l’on pourrait éventuellement me prêter. Merci à celles et ceux qui m’ont alloué ces qualités dont je sais désormais me servir pour qu’on me foute la paix.
Pff alors là, j’y crois pas ! Qu’est-ce qu’il fout là ? Dur, dur la carrière de prof de fac on dirait… M. Lafont n’est pas donc pas en cours et ne trouve rien de mieux que de passer à la bibliothèque en pleine matinée…
Je n’arrive pas à écrire et à le regarder. En fait, si. Ça fait distraction, sinon je vais avoir l’air étrange si je laisse totalement faire la poursuite instinctive de mon regard sur lui.
Non mais juste une chose tout de même : si certaines tenues féminines sont estimées relever de la provocation, peut-on parler de l’outrage public que constitue le port d’un costume ? Peu importe le nombre de pièces, la couleur ou encore la maille. Pourvu que le tombé soit aussi impeccable que le sien, du pied de col jusqu’aux revers. Un aplomb assez strict et rectiligne, très sobre. Je le regarde et on dirait qu’il manque quelque chose à sa tenue irréprochable… Au niveau de l’une de ses poches avant je dirais… un peu de volume. Un peu beaucoup, même. Je suis incapable d’écrire davantage ce qu’il oppose à ma vue en ce moment même. Oh putain, il m’a reconnue. Enfin il a regardé par là. Mais il ne peut pas me reconnaître, je suis fondue dans la masse de ses centaines d’étudiants de seconde et troisième année…
Bon si je me concentre, et que j’écris vraiment comment je me sens tout de suite : je trépigne d’envie de jouer à un jeu dont je n’ai pas encore inventé les règles. J’ai envie de jouer à celle qui ne le voit pas et qui le fait venir jusqu’à moi. Ce qu’il est beau, le regard perçant, l’attention qui semble tendue vers un seul et unique but : celui de trouver un bouquin… on a vu plus torride… Mais étant donné qu’il s’agit de lui, il pourrait être en train de chercher le bouchon de sa bouteille de pastis dans la pliure de son transat de camping qu’il me plairait quand même, bob Ricard enfoncé sur la tête en prime. Quoi que j’ai un doute sur le bob, tout de même…
Rien que de le voir passer sans trop le regarder, est un supplice pour mon p’tit corps qui ne veut pas en perdre une miette. Interdiction de me lever, car je suis capable de me casser la gueule juste sous ses yeux, je me connais. Et il est encore moins envisageable de lui parler, parce qu’évidemment je n’ai absolument rien à lui dire. Par contre à lui offrir…
Ressentir subitement tant de frustration se précipiter au fond de mon ventre alors que j’étais loin de me laisser troubler, éveille en moi l’envie terrible de le contrarier. Je brûle de lui faire goûter au feu de l’insatisfaction que j’éprouve, pour ensuite le soulager de cette petite contrariété que je lui aurais si innocemment infligée. Quand je dis que je suis gentille… Très sage même, mais pas trop, juste assez pour obtenir ce que j’aime tant mériter.
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