
"Même réveillée, je me sens toujours aussi apaisée. Comme si, en rêve, j’avais réellement emprunté une voie dont je connais désormais le chemin".
15 octobre 2011
Je voulais parler de la soirée d’hier passée chez Valentine, mais c’est la première fois que je n’arrive pas à me réveiller alors que je suis levée depuis plus de deux heures. Aujourd’hui, c’est samedi, je lézarde à l’appart. Je dois juste faire le ménage et des courses. D’habitude je fais tout le matin : le ménage d’abord, puis les courses pendant que le sol sèche, ce qui me libère le reste de la journée. Mais ce matin, je ne parviens pas à quitter le rêve de cette nuit. J’ai besoin d’écrire en espérant le laisser ici. Je ne sais pas comment le raconter.
C’était beau. Je sens encore à quel point je trouvais l’instant vraiment beau. Je me sentais comprise, très respectée et aimée. Je me sentais m’épanouir démesurément à mesure qu’il répétait mon prénom. C’est difficile à dire.
Je ne sais plus comment ça a démarré. Je sortais du travail ou quelque chose du genre. En tous cas, j’en avais marre de ma journée. J’étais sur le chemin de l’appart et je voulais aller retrouver M. Lafont… Je songeais au chemin que j’allais faire jusqu’à lui pour me livrer. Je ne voulais plus me cacher, ni étouffer ce que je ressentais si intensément en secret. D’ailleurs, je ne comprenais pas à quoi ce secret avait bien pu tenir jusque-là. C’était étrange, il n’y avait rien qui s’opposait à ce que je désirais. Il n’y avait pas d’interdit. Dans mon rêve, je crois qu’il n’était pas prof ou que je n’étais pas étudiante. Il était seulement plus âgé que moi. Il n’y avait rien pour m’empêcher de me déclarer, mis à part ma propre volonté. Je me sentais soulagée de savoir que je pouvais me confier si je le voulais, qu’il me suffisait de le décider. Je n’avais pas peur de ce qu’il pourrait en penser ou dire. C’était vraiment bizarre, c’était comme si j’étais entièrement livrée à la sensation d’être libre.
J’étais près de lui qui dormait, étendue dans son lit où j’étais venue le troubler en pleine nuit :
— M. Lafont ?
Il ne répondait pas, mais je le savais réveillé, car sa respiration changeait. Je m’amusais intérieurement du sort que je lui réservais. Je m’apprêtais à l’extirper de son sommeil et je m’y appliquais. Ma voix se faisait douce, je parlais très bas, à tel point que quelques-uns de ses éclats étaient imperceptibles. Je composais avec le silence et l’envie ardente de me faire entendre. J’apprenais à faire doucement, je voulais le réveiller très délicatement et je trépignais/m’impatientais de le faire. Je me préparais à contrarier son repos et je frémissais de ce que j’allais éveiller en lui. J’appréhendais le surgissement de sa présence. Je voulais qu’il m’en veuille encore un peu plus, qu’il me veuille éperdument. J’insistais sur un ton qui m’agaçait moi-même :
— M. Lafont…
Il se mit à bouger et je devinai qu’il se tournait vers moi, toujours sans un mot. Dans l’obscurité je ne pouvais savoir si ses yeux étaient clos ou non. Mais je sentais l’intensité de son regard dans ma direction. Il était si près que j’en tremblais. La chaleur de son parfum me foudroyait, la proximité que l’on osait était folle. La nuit dans laquelle nous étions plongés se faisait en moi. Par crainte de perdre l’instant, je ne pouvais me fendre d’un geste vers lui. Je ne le touchais pas, mais je voulais l’atteindre :
— M. Lafont, pardon… Pardon…
Désormais lancée, je poursuivais en joignant le geste à la parole, je faisais bien plus que me confier, je me livrais tout entière :
— Pardon, je suis en train de me caresser…
Mes mains allaient au même rythme que la progression lente de ce que j’étais sur le point de lui dire. Mon corps entier se tortillait. La pulsion m’assaillait violemment et profondément. Mes seins se dressaient et je les sentais enfler démesurément. Je glissais sur la pente d’un plaisir que je voulais lui offrir :
— Je m’excuse pour mon attitude… Humm… J’ai 23 ans et vous ? Quel âge avez-vous ?… Vous me plaisez tant… Pardon, oh, attendez. Je, je…
J’étais sur le point de glisser deux doigts en moi et je m’y refusai, sachant pertinemment qu’il me serait ensuite impossible de ne pas frénétiquement me faire jouir l’instant d’après. J’étais délicieusement tiraillée entre le désir de prolonger l’instant et le feu qui m’envahissait.
Il n’y avait que moi qui parlais, son silence était total. L’exercice que je m’infligeais était exigeant et il n’en fallait pas moins pour que je me sente mise à l’épreuve. Je percevais sa présence impassible, seulement dans l’expectative de ce que je pourrais bien lui dire. Je me sentais attendue, jaugée, prenant soudainement le risque d’être jugée puis condamnée, mais il m’écoutait au plus près de ce que je n’avais jamais confié. Je chuchotais :
— Je veux jouir dans vos bras. M. Lafont…
Les draps se sont mis à bruisser, il se déplaçait. J’implorais l’invisible que ce soit vers moi.
Je sentis d’abord la chaleur de ses bras m’entourer. Même dans l’obscurité, je percevais l’empreinte aveugle de son regard dans le mien, puis le contact fou de sa peau sur chacun de mes pores. Il me tira à lui et ma pensée s’évanouit. Mes mains perdirent un instant le chemin instinctif de mon entrée. Je remontai mes cuisses et me gagnai cette fois-ci, pleinement. Mes doigts me prenaient comme jamais je ne l’avais fait. Je ne me laissais aucun répit, les allers-retours que je m’assenais se faisaient de plus en plus rapides et ardents, jusqu’à briser ma voix qui murmurait :
— Hum… Je peux jouir ? M. Lafont, je peux jouir ? Je veux dire votre prénom… Je l’ai déjà fait plein de fois vous savez. Serre-moi.
Je voulais me confondre en excuses, tout perdre, vivre l’abandon de ce qui lie et inonde. Entre les gémissements qui sortaient de ma bouche et qui me dépassaient, je l’entendais susurrer :
— Rose, Rose, Rose…
Pour la première fois, je me suis sentie éclore jusqu’au cœur.
Même réveillée, je me sens toujours aussi apaisée. Comme si, en rêve, j’avais réellement emprunté une voie dont je connais désormais le chemin.
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